Jeudi 26 juin 2008


Dis-moi que nous allons survivre
Au sein de ce maelstrom organique

Nous tempons un sage dans une baignoire d'acide un philosophe dont la peau liquide représenterait nos deux passés ancrés dans la roche de ces mondes ces déserts inexplorés : quelques cellules convulsives une forme de vie primitive tente de subsister et puis deux millions d'années plus tard les mots sont lâchés : une littérature nue qui ne doit rien à personne explose enfin sous l'orage membres arrachés crânes brûlés du songe la révolution surréaliste a trop échoué, tu me caresses la main ici mon bébé nous marchons dans les rues de Paris : impression de déjà-vu de déjà-écrit, place de la République des mimes asociaux montés sur des estrades de verre nous content des histoires d'enfants rouges abandonnés, boulevard du Temple nous nous arrêtons devant la vitrine d'un local commercial inoccupé et nous songeons à notre librairie authentique et dangereuse que nous aimerions tellement monter histoire d'éclairer des livres rares saturés de poésie qui secoue les corps humains et éreintés, dans les parc des Buttes-Chaumont allongés sur l'herbe humide nous nous regardons respirer, ton ventre est une tempête de sable, et des vipères aux yeux cadenassées te mordillent les pieds, nous fumons et léchons les ciels d'aujourd'hui et la musique de ce casque grésille comme des insectes qui se perdent sous nos corps inanimés, des couples jouent se pelotent devant nous les enfants crient et deux jeunes skaters rient en terminant une bouteille de rhum bon marché, nous nous levons et décidons de traverser Paris à jamais, à la surface du canal Saint-Martin stagnent les ventres argentés des poissons morts qui nous chantent des vérités frelatées, nous marchons encore, près de Stalingrad dans une immense épicerie indienne nous trouvons de la bière blonde sous des sacs de gingembre et de cumin, et à la caisse un vendeur nous tend des brochettes surgelées, son sourire en noix de muscade te fait vaciller, rue Marx Dormoy tu fauches un bouquet  de menthe fraîche et un petit sac de pignons de pin que tu donnes à un vieillard poilu qui lit avec attention un polar de la Série Noire planqué peinard dans son duvet bleu au centre d'un square où jouent des enfants autistes, rue de la Chapelle il ne fait pas encore nuit alors nous ne rentrons pas et faisons demi-tour et décidons de repartir boire un verre à Pigalle, rue des Martyrs devant une vitrine brisée je décide d'apprendre à jouer du saxophone pour te séduire encore, dans ce bar ailé les pintes de Grim se changent en lèvres violettes et parfumées et sifflent une musique ringarde qui nous coiffe le dos alors nous sortons et nous nous plongeons dans une nuit de crachin – c'est parti, nous retrouvons des amis la nuit commence ! nous glissons sur des trottoirs fantaisistes drapés de vieilles danseuses aux visages creusés de racoleurs à la panse gonflée, et nos bras se tendent taxis ! nous nous envolons rue de Lappe où l'on se torche au mojito pendant que la place de la Bastille recrache des cendres fantômes qui nous penchent dangereusement en avant, je m'endors dans des caniveaux d'après-mort, tu me reprends ma douce, et hop nous sommes déjà arrivés dans ces rades sucrés situés près des Halles rue des Lombards, puis re-taxi vers Charonne concerts rencontres éphémères sorcières apatrides, nous tripotons des statues monothéistes et le petit matin nous surprend : retour à la place Blanche où nous débattons dans ces bistrots d'insomnie allongés sur les tables les pieds perdus dans de vieux abreuvoirs révolutionnaires et puis c'est l'heure de nous séparer, retour avec toi sous le cagnard, nous allons prendre le métro, j'aimerais tellement te manger la nuque.
 
Dis-moi que nous allons survivre
Au sein de ce maelstrom organique

Ligne 12 nous prenons ce métro qui nous mènera jusqu’à la plage, nous nous asseyons en conservant nos sourire niais, près d’un clodo noir blotti comme effacé, nous nous mettons à respirer puisque nous fuyons les anges homogènes, croquant des sucres et des pommes juteuses, collés à la vitre nous nous souvenons du temps obscur, lorsque nos corps à peine épais, se déformaient sous le poids des monstres : nous fuyons le jour qui saute une guerre, le poème froid d’un repenti, qui étouffe encore sous un tas d’hymnes ou de prières ou de sifflets – des hommes bourrus des ouvriers se souviennent des rêves qu'ils faisaient, combattant leurs patrons leurs livres étaient presque achevés – le clodo noir se manifeste, voudrait goûter d'la tendresse, mais au bout du tunnel nous devinons une station presque vivante qui fut construite sous la pluie en une, nous sortons de la rame le poing levé, la plage la plage, nous la voyons belle et sincère, elle est bien là rien a bougé, véritable enfance organique coquillages sables rochers soucieux chimères relatives, nous marchons sur elle tellement immense, nous quittons quelques cités d’autres incendies des résignés un autre cri une humeur un craquement un chargement des couteaux lancés vers des arbres qui dansent – tout est fragile presque cassé, sur  ce sable noir nous nous contentons de divaguer car tout est fait : costumes crasses rails ruelles chargées dormeurs et filets – tout est à recommencer : alors nous prenons le métro jusqu’à la plage, pour pouvoir rire et nous foutre, du temps qui roule d’un sacrifice.
 
Dis-moi que nous allons survivre
Au sein de ce maelstrom organique
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Mardi 17 juin 2008

Nous allons rompre couper la corde nous laisser tomber
Nous allons contaminer votre monde !
Déesse, quelle est la formule qui déclenchera une épidémie de Dérèglement, je te prie ?
Que les hommes s’enfoncent que les pleurs s’estompent que les mots résistent que nos âmes périssent,  Que les hommes s’enfoncent que les pleurs s’estompent que les mots résistent que nos âmes périssent, Que les hommes s’enfoncent que les pleurs s’estompent que les mots résistent que nos âmes périssent,
Maintenant partons empoisonner la vie !
Nous sommes partout et nulle part, crevant vos songes
Nous dévalons la vie, avalons les jours, regarde :
De rire de peur je peux mourir et me sentir perdu voltigeant la tête en sang
Privé d'oxygène sans personne autour
Perdu dans le blanc de tes yeux inertes
Je survole les choses enfermé dans une boîte bête
Et j’arrime mes artères aux quais des traîtres
Les adultes évidemment qui jamais ne prirent le temps de nous briefer
Alors laissez mourir cette jeunesse dans ces brasiers d’insectes !
Je comprends cette fille qui refuse de s’alimenter
Les mères attendent leurs enfants et prétendent qu’ils dorment au cimetière
Mais ils mendient comme des anges, sous vos fenêtres !

Dans les rues nous sombrons : en éclaireurs mités rouleurs de gorges ouvertes nous brisons les vitres des boutiques inaccessibles et frappons les passants transis et méfiants, nous traversons les rues telles des avalanches truffées de mines, et dans les écoles nous pulvérisons les cantines arrachons les langues des professeurs et libérons les enfants, dans les bars de la rue Saint-Michel nous finissons les fûts avant de les brûler entièrement, sur les grands boulevards devant les banques hargneuses nous lacérons les fesses des jeunes filles un peu trop bien nées, sur cette place blanchâtre nous égorgeons les jeunes et les vieux politisés suspectés de désertion, dans une boucherie nous récupérons d'immenses morceaux de barbaque chez cette coiffeuse nous ramassons treize kilos de cheveux roux puis nous offrons le tout à des violeurs pacifistes afin qu'ils se confectionnent des femmes solides qu'ils pourraient satisfaire sexuellement, dans des parkings souterrains nous étouffons les flics avec des oreillers, dans ce parlement lugubre et borné nous exécutons tous les députés un par un sans distinction de partis,  quelques instants plus tard l'armée est à nos trousses alors nous nous réfugions dans une cathédrale de style baroque flamboyant : à l'intérieur vingt-deux fidèles femmes vieillards enfants assistent à une messe dédiée aux Mâles du Dedans qui est célébrée par un prêtre ventru et ricanant, nous courons et nous nous recroquevillons au fond de l'abside en tremblant, les flics et les soldats entrent en hurlant en chargeant le prêtre panique puis essaie de nous protéger comme il peut, un capitaine menace de le descendre s'il ne s'écarte pas alors les vingt-deux fidèles se mettent à hurler comme des possédés et sortent leurs armes pendant que les rayons du soleil surgissent à travers un vitrail représentant un homme qui est sur le point de décapiter un cerf à la hache, alors le prêtre sanglotte en levant les bras et une fusillade éclate aussitôt scène de guerre tirs croisés les femmes et les enfants restent allongés, croisée du transept souillée par des larmes d'innocents qui se font piétiner par des sergents ivres, trois femmes magnifiques s'allongent sur le ventre en suffoquant et balancent des grenades qui roulent sous les bancs et sautent à quelques  mètres d'un groupe de militaires dont les cuisses sont maintenant criblées de  morceaux de bois, ils sont alors si furieux qu'ils répliquent en tirant sur tout ce qui bouge femmes et enfants, un vieux catholique qui fut envoyé de force en Algérie se poste sous la Tour-lanterne et tire une rafale vers la flèche puis se met à arroser une section en récitant un Notre Père, les vitraux éclatent au-dessus des fidèles qui se défendent plutôt bien lorsqu'ils se séparent et adoptent une structure en binômes pour mieux combattre, la Déesse se met à courir j'essaie de la suivre mais je glisse sur une flaque de sang, je me répands au milieu de la nef sous les bombes et me retrouve nez à nez avec une tête de vieille femme aux cheveux blancs dont les yeux éclatent soudainement, je me relève et aperçois un flic qui vomit ses tripes dans le bénitier, un autre s'accroche à un Jésus de bois le décloue de sa triste croix et fend le crâne d'un paroissien un peu trop endimanché, la Déeese me dit qu'elle a trouvé une solution pour nous évader alors nous rampons lentement vers une sortie de secours, la cathédrale est en sang c'est une vraie tuerie, le temps s'arrête des mâchoires arrachées décorent une travée de balustres, un ventre s'ouvre et répand ses boyaux sur une dizaine de cierges éteints, le prêtre se met à chier sur l'autel et insulte son seigneur en évitant les balles qui sifflent et rebondissent contre les pierres blanches, morceaux de verre et de bois brûlés, fumées roses et bleues, le bruit est insupportable je m'écorche les coudes je ne vois plus rien, nous sommes enfin dehors, nous nous échappons et je me retourne, la cathédrale est en flammes, alors nous plongeons dans le vide onirique juste avant l'explosion !

(dessin d'Alexandre petrovski-Darmon)

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Samedi 31 mai 2008
Les Ombres ont enfin décidé de s’incruster, de s’asseoir à ma table
Elles se sont enfin évadées du jardin-tiroir tout ça pour se confronter à la Réalité
Tristes trognes aux yeux crevés par le jour-angoisse, leurs dents ressemblent à de minuscules Vénus de Milo
Une Ombre-enfant me tend un poème-haine
Son visage est une toile sur laquelle est projeté le film de ma vie saccadée :
Violent retour en arrière, années quatre-vingt sans doute, chez moi, je cartonne les souvenirs (les miens sont exposés sur ce visage d'ange-mémento), ces ailleurs blancs où je me disais, petit, lorsque le nouveau calendrier déboulait, tiens, 1988, 1990, nous sommes déjà dans ce futur de comics froissés, gamin tragique perdu senteurs vieilles bagnoles enrouées copains trahis par leurs parents imbéciles qui se séparent alors il faut oublier courses vélos pentes trempées étés de trains colonies situations étranges éloignements merveilleux petites amies vieux collège perdu routes rarement enneigées j'irai me perdre tout au bout de cette ruelle villageoise entretenue par des sorcières criardes allons-y mes amis ! ces adultes sans visages nous poursuivent prenons nos cassettes et walk-man  musique et nos premières bières de parc rennais chanter voler des miroirs ondulants des costumes de messe des kermesses hypocrites droit au changement d'air de l'air tentes camping penser à l'avenir s'évader dans les champs la force de mon rire dantesque saccage les maudites banlieues dortoirs où nous tentons de vivre sans histoire sans futur sans passé rien n'arrivera ici rien du tout vous entendez mes amis les gens ont peur de se lancer dans le vide tout est gelé le présent nous écrase attrapons nos sacs à dos et go ! regardons au loin la mer qui joue le morceau des fugueurs charismatiques au-dessus les lunes s'agitent nous préparent un festin anarchique et dans les terres au bord des étangs nous nous couchons près des saules mais un hibou complètement ivre me ulule à l'oreille debooouuuut sale gooooosse je me lève en pleine nuit paniqué je cherche de la lumière j'écrase les fougères je broie les genêts je détruis les cabanes des paysans-cimetières j'insulte la Bretagne qui stagne sous un climat océanique même température toujours la même douleur et l'ennui qui nous ramassera certainement à la petite cuiller chênes navrants moignons velus qui se confondent avec les clochers en forme de miradors à l'intérieur desquels de vieux  délateurs vieille France campagnarde surveillent nos faits et gestes pas de jeunes veulent être tranquille bon diou pas un pet de travers ou bien ce sera une décharge de chevrotines qui nous enverra direct en enfer les parents s'affolent mais on les aime eux sont pas si vieux comme nous ils rient et rêvent nous sommes les mal élevés les fils d'ouvriers ces insouciants qui plongent dans les étangs qui boivent qui lisent des livres qui bougent en ville et assistent à des concerts musclés et vive la le futur tiens ! une nuit un peu énervés nous irons taguer la vieille lande malade qui renâcle sans cesse puis direction la mer ouais et vive la côte tiens tournons la tête caressons et absorbons l'ouest l'ouest et l'infini si le coeur vous en dit ! 
Le visage de l'enfant se crispe, le film s'accélère et stoppe plus de vingt-cinq ans plus tard :
Période 2016 – 2018 ! :
Je n'ai pas changé pas vieilli, je suis ce même gamin de douze ans qui fuguait, mais une guerre se profile horizon sec et sourd moteurs éteints journées interminables et polluées soifs horreurs cauchemars ou réalités d'exils de déserts de fusils chargés sous les nuages noirs abandons sacrifices explosions politiques les exploités se sont soulevés pour la énième fois mais là ils se sont fait littéralement exterminer, la répression  orchestrée par une bourgeoisie devenue extrêmement bête fut sans limite sans pitié sans négociations les capitalistes furent plus déterminés que des Versaillais sous amphétamines – Et, fin de civilisation nouveau millénaire ultime tentative guerres inouïes mondiales quelques mois ont suffit destruction totale du système puis plus rien le calme absolu comme une apocalypse de chaque matin –  Alors le spectacle de ces rivières de sang et de pétrole dans lesquelles l'on se noie lorsque l'on tente de rejoindre l'autre rive à la nage pour retrouver ses animaux domestiques chiens chats rats qui ne sont que de la nourriture qu'on a pas volée cette fois-ci et que l'on va donc s'empresser de cuire oh oui rivières d'ordures que l'on pourrait aussi traverser pour rejoindre sa gentille et douce famille estropiée qui s'amuse à éventrer des chevaux encore vivants sous ce soleil qui frappe les esprits et retourne les peaux à l'ombre des troncs les cendres les verrières les chemins au bord desquels le rire gras le discours nostalgique d'un vieillard aveugle qui veut rester à genoux le restant de sa vie et les toits des écoles effondrés sur les enfants qui récitaient les comptines du diable consolateur et le dédale froid de ruelles oranges où l'on se perd et où l'on meurt pour avoir tenté de mettre la main sur un morceau de pain rassis ou une dose d'héroïne bien méritée les plages de cendre où l'on médite affamé les pieds arrachés par un éclat d'obus et le dos constellés de morceaux de verre tachés ce petit crâne qui roule sur ce trottoir appartient à ton enfant que tu croyais en sécurité dans l'abri municipal le soleil ne se couchera plus cette fois les étangs lacs fleuves de cadavres gonflés ont débordé ont inondé les pavillons d'effroi les lotissements où il y a peu de temps encore l'on comptait les jours de routine-usine bourré de tocs sévères qui conduisaient parfois au suicide cette salle de cinéma a même été contaminée par une peste créée en labo les musées regorgent de pendus collaborateurs regarde sur cette place les statues recouvertes de lichens s'enchevêtrent pour former un cri toxique qui accompagnera les survivants jusqu'à l'orgasme final celui de l' Enfer Palpable – ennui marchandise exploitations peur de l'autre théories mélangées étouffement de la vraie poésie produisent les réelles les violentes guerres civiles !   
Période 2016 - 2018 !
Le film s'arrête là, l' Ombre-enfant au visage d'ange-mémento s'en va, les Ombres- adultes se moquent de moi, boivent leurs verres d'un trait
Je dois me retirer dans ma chambre
Pour cracher discrètement des morceaux de mon passé...

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Dimanche 25 mai 2008

Crise :
Toutes ces littératures qui s'amassent chez moi, tous ces livres empilés, forteresse d'infini qui me juge,  nom de dieu je suis fait, le verdict est sans appel, je suis condamné à dévorer ces pages sur-le-champ, une à une, sans m'arrêter, grailler comme un dingue les bibliothèques du monde entier, alors je m'exécute, pas le choix, je me goinfre, sans dégueuler, tout y passe, même mes propres livres, heureusement, vite, plus vite me crient les Ombres, j'avale les mots, les concepts, la poésie que je mâche sans broncher, en boulimique, j'y prends goût presque,  j'avale et j'avale et la nuit tombe une dizaine de fois, les ombres s'envoient en l'air devant moi, se reproduisent, comme des personnages romanesques, des contes se dessinent, des légendes apparaissent, j'entends vaguement des tirs et des cris provenant du dehors, je ne bouge pas, je ne peux participer au grand soulèvement, je dois rester ici, chez moi, continuer à tout manger, on m'apporte d'autres palettes de livres, pas de répit, j'obéis sans discuter, si ça se trouve on me libérera plus tôt, pour bonne conduite, ha ! Encore ? merci, merci, mais oui j'ai faim, je vous jure que j'ai faim !... Attendez-moi, dehors ! Car le langage est mon devenir !...

Silence... les Ombres se sont enfin endormies après des jours et des jours de fiesta...
Alors je décide de m'évader... Je saute du vingt-et-unième siècle, mais j'atterris à plus de 500 bornes de la ville survoltée.

Dans une station-service déserte je réussis à voler une voiture puissante, le soleil se couche et je fonce comme un dingue : ha ouais, je fonce je fonce sur des routes de montagnes ! Je n'imprime plus le temps et le paysage, je fume je bois oubliant ma vie d'avant essayant de chasser de mon esprit ces Ombres perverses ! mais ma cigarette vient de tomber par-terre, je me baisse pour la ramasser et je relève la tête, et là j'aperçois un cheval posté sagement au mileu de de la route à cinquante mètres droit devant ! j'appuie sur la pédale de frein vite fait ! je vais le percuter je klaxonne il ne bouge pas nooon ! je n'ai pas le temps de m'arrêter !  le choc est brutal mon véhicule est dévié violemment embardée hurlante ! et je percute un platane... Puis plus rien pas un bruit, nuit-carnage comme on dit, je reviens à moi... tout ce sang, c'est inimaginable... j'arrache ma ceinture de sécurité et je sursaute ! la tête du cheval se trouve sur mes jambes engourdies... je crie, mais le sang qui s'est répandu dans tout le véhicule n'est pas le mien, car j'ai littéralement éclaté cette bête : lambeaux de cuir accrochés aux vitres brisées boyaux éparpillés, je me débarrasse de cette lourde gueule et je sors, je me regarde dans le rétroviseur : mon visage est rouge affreux, cette bête m'a maquillé comme un clown ! alors je m'en vais à pied en blaguant, je quitte ce bain de sang ce cheval rieur au ventre ouvert oui je marche tranquillement, derrière moi le soleil se lève autrement.
Je traverse un champ (de bouches cousues) puis je ne sais plus où je suis, je me demande même si je n'ai pas péri, tiens je vais marcher dans ce corridor mal éclairé, tiens !

J'évoluerai par-là :
Les nouveaux départs, les songes, les fièvres s'estompent, les contagions, les sources, les sourires, les  chiens hideux sous ce lit, mes yeux ne voient plus votre monde, les drames, les nouveaux départs, les nouveaux départs, les fruits, la jeunesse carbonisée, les routes, le temps qui file, les petites danses, les écoliers apeurés, les sueurs, les montres cassées, les cathédrales, les signes qui ne trompent pas, les destins, le refus de la marchandise, les esclaves aux ventres recousus, le monde brutal et les habitants qui se fendent en deux, se retrouver et s'expliquer, il vaut mieux mourir, se servir d'une vie dense, s'écarter de la danse, et de l'ennui, les regrets en pupilles dilatées près du casque perdu sous le pont de pierres devant les miroirs brisés derrière la planète adultère qui s'envoie en l'air avec des dieux pervers, je trompe mon monde, et cette triste époque que j'aime pourtant, et qui me fait :
Prends ton temps mon ami
Ne brise plus ton enfance
Enfonce tes milles sexes dans ces terres d'électricité
Tu aimerais pulvériser ces planètes lointaines, pour t'entraîner ?
Mais elles sont inoccupées puisque tu t'entête à prier au creux des cimetières
Es-tu devenu l'homme aux yeux tristes ?
Celui qui hantait tes rêves d'enfant
Prends ton temps mon ami
Mais sois là-bas rapidement


(...)

Post-scriptum :
(Blog suspendu pour un temps... A bientôt, on se voit en Vraie Vie ! Le Bourven vous salue ! et comme dirait Dédé Breton  "la beauté sera convulsive ou ne sera pas" Ecrivez ça sur votre bras, sur les cuisses de votre compagne, sur le dos de votre patron, sur les joues d'un sale petit ou grand bourgeois, sur un flic endormi, sur les lèvres fermées des résignés, graffez-le sur les murs de ce système maudit, bises !... )

(Dessin de Alexandre Petrowski)
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Samedi 24 mai 2008

J'entends des gens qui soupirent, tout près de moi. On m'espionne ?
Allo ! Ombres maladives, c'est bien vous ? C'est la vieille Bourve qui vous parle ! Vous êtes toutes convoquées dans mon bureau ! Vous entendez ? Toutes !
     
Je vais au travail : place Denfert je dois encore attendre le bus une petite demi-heure, je décide de marcher un peu, mon manteau est ouvert et le vent froid craque mon pull et étrangle ma peau et mes côtes, le  soleil est déjà haut mais il est timide comme déposé sagement sur les trottoirs troués de ce boulevard alors je m'écarte pour éviter les touristes ahuris, je prends la tangente, rue Daguerre il y a foule je me faufile entre les guitaristes et les fromagers, j'entre dans une boutique de disques et j'achète comme ça un vieux Django nuages et le premier Wu-Tang clan, à la sortie deux militants de la gauche-droite-centre me tendent un tract, on discute un peu je leur dis que le vote ne changera plus rien désormais, que l'insurrection est la seule solution, qu'ils ont beau causer chercher moi je leur dis qu'il faut songer à l'auto-organisation, ça c'est l'avenir ! la Commune messieurs ! ces arrogants me sourient vaguement bien sûr ils ne comprennent pas ce que je bredouille malgré ma bonne humeur. L’automne-sacrifice se confirme et les passants s’affolent en tentant de secouer leur pauvre routine, au mieux cette conne s’évanouira ! et puis ces votants-séniles ces agonisants qui font leur marché en braillant sur leurs enfants, rentreront chez eux et se coucheront comme des fusillés ! elle est belle ta routine que tu souhaiterais me voir adopter ! Les rues sont des pastelles acides : je m’y vautre en chantant : de petites sphères énergisantes rebondissent sur les pierres dans les pentes sévères, sur les murs je croise deux ou trois graffitis trop stylés, je balance mon mégot de clope sur une affiche politique, les jours se déroulent et les gens attendent la fin, moi je tente de me mirer dans l’eau pourrie d'une énorme flaque et je me marre comme un mort-vivant fêtard, je balance une caillasse et remarque que les ondes-demoiselles sont de tristes cerceaux  qui toisent les bourgeois et les cadavres-baigneurs, au centre de la place je caresse la pierre le socle sur lequel stagne un lion lisse et sombre qui refuse de dévorer cette foule pressée - mes Ombres sont de retour ! elles dansent tout autour de lui, cérémonie vaudoue, je ne les ai jamais vues comme ça en plein jour, elles ne ressemblent à rien de connu rien d'entendu ce sont des voix qui s'entremêlent, vociférant crachant des lyrics acides, deux d'entre elles essaient de mordre des rideaux de fer et des carrosseries de voiture mais elles s'arrachent les dents et me les lancent en hurlant, celles-ci ont des visages d'enfants tétanisés qui se métamorphosent en têtes de vieillards philosophiques, la haine et la joie leur rompent le dos elles se contorsionnent vomissent pétrissent les nuages en urinant sur leurs bébés endormis dans ces landaus innocents, d'autres sortent des couteaux et s'égorgent puis se réincarnent en faucons crécerelles afin de squatter les nids des anges, d'autres encore s'émasculent deviennent des femmes et brûlent leurs maris de brume pour partir à la conquête du monde, des femmes baby dolls se fissurent s'offrent scintillent et dessinent leurs ancêtres sur les murs trop blancs, les enfants se serrent en récitant des prières lubriques et dévastent les limbes de notre civilisation en crevant leurs pustules de contes de fée... Les Ombres s'embrasent et jouent à me foutre la trouille en pleine ville, transperçant vos yeux de passants (aveugles) : alors le décor dans lequel vous évoluez se transforme légèrement, juste ce qu'il faut pour vous changer en simples révoltés du quotidien... Elles repartent sagement et plus rien... mon bus arrive... Sur l'autoroute collé à la fenêtre, nous passons devant l'énorme marché de Rungis, et je me dis que le bus est un camion réfrigéré. Et puis la journée de travail.

Le soir, je suis mort de fatigue, mais je ne veux plus m'endormir, je m'allonge près de H. qui dort depuis plus d'une heure, je la regarde respirer, j'aimerais tellement lui parler, maintenant, et même l'épouser, à l'instant – j'embrasse sa nuque, elle est en nage, elle est si fragile, si je soufflais sur son corps celui-ci se changerait immédiatement en une myriade de papillons aveugles, si j'accepte mon présent, si je me projette dans le futur en homme vivant c'est de sa faute, et malgré mes pulsions d'autodestruction, elle sait très bien que j'ai besoin d'elle, même si je me la joue indépendant libre et fou, j'ai besoin de construire quelque chose parce que nous sommes une sorte de tout, je me lève et me dirige vers la fenêtre ouverte pour fumer une cigarette, au-dessus de Paris des phasmes fantômes se trémoussent dans le vent et la nuit s'étend comme un destin hors du commun, je songe au commencement, à la poésie-vérité que je m'efforce de vous dévoiler, j'allume la chaîne et j'écoute Neil Young et ma fenêtre a des accents d'auto-stop.

Je termine une bouteille de whisky, sous notre lit des chiens hideux copulent. Je me recule trébuche et me fracasse le crâne contre la table basse car le langage est mon devenir. Un ventre chaud un rêve un rêve. Ma douce, entends-tu les ombres qui bavardent tout autour de la ville, entre mes pieds froids et le parquet ? En osmose, décadences, précaires existences, vastes champs, couleurs réarrangées, sources, découvreurs de continents, les signes sont dehors, dehors, la révolte, et les cris, le réveil, le réveil, le réveil !

Mes ombres mes ombres mes ombres, ces personnages délirants qui m'empêchent de dormir, qui vous frôlent souvent. Une tornade approche... ce sont elles qui arrivent, je suis foutu. Elles me kidnappent...
Mon âme se détache lentement de mon corps trempé planqué là sous une table en fer forgé, je suis dans une pièce immense toute verte, les quatre murs lézardés me rassurent, des milliers de tuyaux en caoutchouc recouvrent le sol et m'empêchent de marcher, un spot m'aveugle,  je saigne du nez, je me trouve dans un tribunal.

(dessin de Alexandre Petrowski)
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Dimanche 20 avril 2008

Ce port est est parfait pour ne rien faire, scruter la crudité du paysage, ce souffle coupé, ces bateaux usés qui figent les pierres et feignent d'être sages tranquilles, mais tout le monde sait que ce monde marin est violent, dur et fou, j'aime être là, je bois, je lime des barreaux invisibles, mais rien ne vient, je ne m'échappe pas, et je suis presque heureux, perdu, stoppé, moteur encore chaud, juste sortir mon carnet, et creuser l'espace et cracher miasmes sur toile tirée, mots salés, crimes, traînées de poudre apaisées, juste le ciel vide, les hommes se sont évanouis dans la nature, prières, mes tempes, l'attente, et garde-fou, saison démembrée, moderne, et je ne me suis pas senti aussi bien depuis... le barman m'apporte un verre.
    Plus tard, un pêcheur m'aborde, il est ivre, et me dit que sa femme vient de le quitter, il aimerait se joindre à moi, parce qu'il se sent seul, tellement inutile ; je pose mon stylo, son visage buriné se tend vers moi et mon carnet refermé, il me dit que j'ai la tronche d'un écrivain, il retire son bonnet, et le vent se renforce, frais et bon, il demande si je souhaite me poser à l'intérieur, au comptoir, je refuse, il est d'accord et il se met à siffler un air que je ne connais pas , il joue le dur à cuire, doit se dire que je suis un costaud, alors il appelle le barman, lui commande deux autres rhums ambrés, nous attendons en silence, ses mains gigantesques attrappent le cendrier, il me taxe une blonde, même si lui ne fume que des gauloises, mais ça ira, il me dit qu'il est patron et qu'il doit gérer un équipage qui  compte quatre employés, il me montre son bateau dont il est très fier – ouais là-bas – celui qui danse et feint d'être sage tranquille, je regarde, sur la coque est inscrit le nom de sa femme : Lola.
    Derrière nous, à l'intérieur du vieux rade, une bande de nénettes bourges dinardaises gloussent et deux d'entres elles me sourient et me font signent à travers la vitre de les rejoindre, elles ont envie de me causer, mais je ne veux pas y aller, le pêcheur se demande ce que je fiche ici en plein mois de mars comme paumé ; dans son sourire de pirate il y a des dents qui manquent et des pleurs intérieurs, à moins que ce ne soit la pluie qui s'amène parce qu'au loin, entre deux cumulus, une mouette attristée survole les vagues puisqu'elle vient d'être expulsée d'un container (rempli d'ordures et de fruits de mer puants provenant du restaurant) par un corbeau plus fort et très affamé, je lui réponds que je me ballade je longe la côte en camion et que je m'arrête parfois pour caresser le granit rosâtre ou pour écrire ou pour boire ou pour observer la mer s'écraser sur les rochers de mes contradictions, je lui montre ma camionnette – ouais là-bas – mal garée sur ce parking un peu glauque et complètement désert, alors il commande deux autres verres et puis il réfléchit quelques secondes et hurle au serveur de nous laisser la bouteille, le serveur le regarde dans les yeux et lui demande s'il est sûr de ce qu'il fait alors le pêcheur lui gueule qu'il est assez grand pour décider et qu'il la paiera cette bouteille il ne va pas la volée.
    Après un long silence, le pêcheur me dit qu'il a failli trouver le vrai bonheur, au creux de l'océan, il s'explique : un soir de tempête, il ya très longtemps, il déprimait un peu sur son bateau, et comptait les années en bégayant, lui et son équipage rentraient au port, fin de semaine ; avec, au fond du ventre, la hâte de se reposer de boire et de faire l'amour – il restait seul, à l'avant, fumant, rêvant, son bras droit pendait par dessus bord, soudain (ça s'est passé en quelques secondes) une sirène lui est apparue, elle lui confia des clés : ces clés ouvrent la porte d'un nouveau monde, une île inexplorée, mais ne tarde pas, tu dois t'y rendre le plus rapidement possible, tu partiras sur ton bateau, avec ta femme et ton enfant, tu verras, cette île est extraordinaire, là-bas, tu vivras heureux, sans alcool, ta femme redeviendra belle, tu pêcheras et chasseras pour nourrir ta famille, ton fils grandira, deviendra fort, et quittera l'île, vous resterez seuls, ta femme et toi, et vous mourrez, enlacés, à l'ombre d'un arbre-griot. Tu dois garder tes clés sur toi, en permanence... ne les perds pas ! Et puis pars, pars dès demain ! N'attends pas !, et la sirène s'enfonça plongea et le pêcheur demeura coi.
    Le lendemain, il se cuita, fit l'amour à sa femme, puis il travailla encore et encore, partit deux semaines en mer, et décida de ne pas parler de ses clés à ses employés, car ils l'auraient pris, à coup sûr, pour un malade mental, il ne pouvait pas prendre de décision, devait-il tout abandonner, et partir, et partir avec sa petite famille ?, trop de questions, trop de doutes, trop de travail, et ce trop de trop, un jour, fit tomber son trousseau de clés dans l'océan, paniqué, il les chercha, fit demi-tour, se servit des filets, espérant ainsi repêcher son trésor, mais les clés venaient de toucher le fond, il avait manqué l'occasion de refaire sa vie, l'occasion d'arrêter de boire.
    Quelle triste histoire, je lui paye un autre verre, la nuit tombe, et nous devinons, derrière le dernier souffle des hommes qui se noient, un soleil vieux et indifférent se coucher et je me sens bien et nous sommes tout à fait saouls.
    Nous restons seuls tous les deux perdus dans la nuit, nageant dans un tonneau  de bruine, becquetant les restes d'histoires que les hommes veulent bien nous laisser, et les bouteilles traversent nos peurs en dents de scie au bord de l'infini, le patron, il nous regarde méchamment, alors je m'envoie un verre à sa santé ; puis je regarde le pêcheur et je me dis que lui, ce type abandonné par sa femme et son gosse, dérobait des  familles entières de poissons à la mer solitaire, tandis que moi, je carotte les mots de la rue– c'est ça – deux pirates discutent au début du troisième millénaire, boire-sueur, et si dieu se torchait sous la table dit-il, vagues et cicatrices, tristes cogneurs, algues et fonds marins, j'emploie des couleurs sombres, je lui lis quelques phrases que je viens de pondre, il me sourit, plaire, glaires, et cartons pour se protéger du froid, la rue, c'est comme cette plage, le patron nous apporte l'ultime bouteille, lèchouilles de goulots et simples paquebots, juste le temps de perdre son temps, cuire des mots qui évoquent cette terre nourricière.
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Vendredi 18 avril 2008

Le chemin le chemin le chemin –
Malgré mon sale caractère je me plais ici, en vie
Et je sais que ce pays cessera un beau jour de se voiler la face
J’écris sous un charmant plafond d’où pendouillent les acteurs de mes romans,
Je vais cuire des mots-enfants

(je n’irai pas vieillir avant de me comprendre entièrement)
Sur mon bureau défilent des phrases-cargos
Le cri du désespoir, prière de ne pas déranger
Il faut que vous restiez couchés
Pour mieux sentir l’époque
Les anges s’écrasent sur nos manteaux
Le dernier supplice pourra être esquivé
Le voyage que je fais ne dépassera pas cette rue de vie
J'arrête de travailler, j'aimerais faire autre chose mon bébé

Alors ce soir nous avons organisé une soirée, pour s'oublier s'éclater
Les invités arrivent, le temps passe et H. me regarde drôlement,
Drogue et bouteilles sources maux espoirs rires caustiques et cette petite mort qui tombe à pic
Se détruire sur ce fauteuil, mais ce n'est pas moi
Qui tombe en lambeaux ce sont les immeubles du quartier
Expliquer mon travail ici prendrait trop de temps mes amis
Mais sachez tout de même ceci :

Lorsque
je me penche
sur
une
feuille
et que
j'écris,
je file
plus
vite
que la
lumière
et
le trou
que je creuse
me sert à
planquer
mes
trésors
mes mots
cassés.
Paris détend
ses jambes
immenses
puis les
écartent,
alors je
m'enfonce
aussi sec
dans le
Vagin
du Siècle,
à l'intérieur
des communautés
se font
la guerre
hélas le peuple
se divise,
mes rêves de grand soir
disparaissent.
Mais ma
semence
est magique,
elle me servira
à
féconder
l' Ovule
de
la Nuit !

Maintenant faisons la fête sans nous inquiéter de quoi que ce soit !
Sans cohérence les disques s'enchaînent
On passe des Stooges à Portishead
Allez soyons nous-mêmes mes amis
Chantons braillons buvons exorcisons nos peurs imbéciles
Puisque notre génération est déréglée !
Démontons cette société
Numérotons ses pierres et jetons-les à la mer !

 – Mais dis-moi, le Bourven, pourquoi composes-tu ces messages en station verticale ? (me demande quelqu'un que je ne vois pas et dont je ne reconnais pas la voix)
 – Lorsque j'écris je me sens comme un gosse qu'on est en train de gronder
J'écris pour mes parents qui se sont pratiquement tués en travaillant dur toute leur vie
La littérature et le mal
Il me faudrait quitter la ville
Car j’ai une dalle insoutenable
Depuis des jours je me nourris uniquement de verticalité
Mon corps tremble et se consume

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Vendredi 7 mars 2008
J’ai pris le métro jusqu’à la plage
En conservant mon sourire niais
 Près d’un clodo noir blotti comme effacé
Je me suis mis à respirer
Puisque je fuyais les anges homogènes
Croquant des sucres et des pommes juteuses
Collé à la vitre je me souvenais
Du temps obscur lorsque mon corps à peine épais
Se déformait sous le poids des monstres
Je fuis le jour qui saute une guerre
Le poème froid d’un repenti
Qui étouffe encore sous un tas d’hymnes
Ou de guerres
Ou de prières ou de sifflets
Des hommes bourrus des ouvriers
Se sont souvenus d’un rêve ou deux
Ils battaient leurs patrons leurs livres étaient prêts
Le clodo noir s’est manifesté
Voulait goûter d’la tendresse
Une femme un frère une partie de cartes
Mais au bout du tunnel on devinait
Une station presque vivante
(qui fut construite sous la pluie)
Elle s'est mise à beugler à nous distraire
Je suis sorti de la rame le poing levé
Ou bien était-ce mon sexe en forme de glaive
Qui luttait pris presque avalé
Alors je l'ai vue belle et sincère
Elle était là rien avait bougé
Telle une enfance organique
Coquillages sables rochers chimères
J’ai marché sur elle tellement immense
En homme morne je fuyais
Quelques cités d’autres incendies
Des résignés un autre cri
Une humeur un casque un chargement
Des couteaux lancés des arbres qui dansent
Tout est fragile presque cassé
Je me souviens près d’un trottoir
Des chemises défaites une heure qui passe
Sur cette plage je me contente
De divaguer car tout est fait
Costumes crasses rails ruelles chargées dormeurs et filets
Tout est à recommencer
Alors j’ai pris le métro jusqu’à la plage
Pour pouvoir rire et me foutre
Du temps qui roule d’un sacrifice
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Mardi 29 janvier 2008

Je rentre chez moi en tremblant, dans l'escalier-silence qui me mène au quatrième je me dis que la liberté totale s'est pratiquement évaporée, on est peu d'chose, surface de la Terre, des ombres et je chante encore, parce que je rencontre encore des êtres libres,
J'entre et j'allume le chauffage. Je m'assieds, je bois, j'ouvre le journal. Mais je les sens encore, ils grondent autour de la table. Les ombres. Au fond de moi je songe à ce fameux avant-dernier verre dont parlait Deleuze… Boire me fait rêver, et je peux les affronter, sans pour autant sombrer dans une colère d’apocalypse,
Et puis écrire, c'est autre chose, comme un feu de surprises, contre mon corps se collent mes victimes, des personnages que j’assassine, des personnages fictifs qui vivent dans un monde concasseur de sentiments ? Entendez-vous les rumeurs, foutus démons ? Je suis d'accord, parfois la foule est une chienne. Qui aboie sans réfléchir, et se permet de juger des artistes vrais. Moi je sais que l’homme vieillit. Et petit à petit se plie. Rarement il se radicalise. Quelle triste analyse. Le poids du temps. J’ai beau courir après mes nerfs. Creusant les trouilles je m’envenime. Saloperies, démons, mes démons, vous attendez  beaucoup de moi mes jolis squatteurs, si je voulais j'ouvrirais mon crâne ! mais je me retrouverais tout seul, je le sais, tout fou, tout seul et tout normal, ouais normal, juste le temps de me poser il me faudra déjà repartir vers vos contrées aux collants filés et les insectes qui grouillent sur vos épaules épousent encore le cortège des sacs de nœuds,
"Vivants", je ne pourrai jamais souffrir à votre place, puisque je fabrique des poèmes instantanés, ha !, une pieuvre sur mon visage mes yeux se rendent tout est fini je m'endors,
J'aurais aimé peindre des songes crus, j'admire les peintres, vraiment, je commence à comprendre, cette verticalité poétique, on se ressemble, finalement, l'écriture et la peinture au corps, angoisses, travail, putain de travail, solitudes inavouables, beauté, délire, infini, transes, fièvres inouïes,
Hier deux excellentes artistes-peintre m'ont avoué qu'elles flippaient à l'idée de perdre leurs yeux et leurs jolies mains, créer, armistice corporel éclats de verre oubliés, ne pas faire de concessions. Pas d'inquiétudes : nos nuits de cauchemars seront encore belles.


Bonnie Colin                                    Christine Lesueur
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Vendredi 11 janvier 2008

Ma non-réalité ne regarde que vous,
S’installer à paris,
Chercher l'ile de france se trouver là-bas ne plus se mentir,
Paris brille j’ai perdu mon stylo gare de lyon,
Cerises pâtisseries fromages shit ampoules éteintes étals poissons plaqués contre les murs les marchés brefs je me masse le dos dans un couloir aphone,
Nager dans les fontaines écouter un groupe de jazz traverser barbès et lire,
Toucher tes fesses étoffes marché saint-pierre,
Geindre les fanfares rue saint-denis,
Surprendre un couple dans l’église du dôme et plaire à ton cou,
Casquer viandes poules et crevettes sucres épices trompettes indiens clodos dans le métro,
Entendre trouver ton sud marcher denfert rochereau après entretien orly ouest avions voyages,
S’étendre sur le pont des arts activer la machine tout est mécanique,
Grimper la côte traîner les pieds rue du mont-cenis,
Je me fais un signe de la main canal saint-martin sourires des femmes plaire aux fantômes,
Travail forum des halles faire un saut ensuite au luxembourg échec et mat,
Discuter d’art et de moi être incompris ou trop compris porte de clignancourt,
S’installer à paris à paris grouiller goûter faire le guet près des statues brunes les pigeons s’engueulent bancs marches feuilles frôler des ombres fraîches horloges,
Te voir te regarder louer ce joli studio blanc en attendant plus grand toujours attendre,
T’aimer te serrer s’installer vivre urgence nation étoile t’attendre porter tes sacs de fringues métro école militaire,
Aller mieux beaucoup mieux penser se dire que l’écriture c’est épuisant ça peut tuer,
Bouffer des nouilles des noix des amandes respirer des photos orient place d’italie les tours d’adolescence ce restaurant où se retrouvaient rimbaud verlaine se souvenir de tout ça appart prêté moulin des prés mes vingt ans construction mon héroïne et face à la mer,
Briser les cauchemars se soulager sur un trottoir les grands boulevards nuits tellement fiévreuses lendemains gueules de bois le soleil froid a disparu c'est vraiment bizarre,
Te regarder dormir vouloir te dire tellement de choses me mettre à lire service de presse provenant de ta librairie gallimard place de clichy un roman noir américain,
Prendre des notes relire des ciels des hypothèses et des concepts deleuze foucault sucrer les anges philosophiques,
Postuler chez des libraires repartir au travail intérim soldes fringues textures se noyer marée humaine vente et stocks régler étiqueter déchirer jeter prix,
Se sentir bien lire le journal se dire qu’une nouvelle époque est là futur création fin du monde cannibales hommes fatigues suicides révoltes se retrouver souffler jeunesse se mélanger repartir être heureux ensemble,
Compter les villes que j’ai bien connues s’en souvenir,
Pleurer comme des histoires à dormir debout se faire happer,
Serpent littéraire braver rails rêveries yeux verts vitrines nudité charmes flotte couler robinets tempêtes réalité discours je me souviens faire la paix cigarettes le vent poitrines lumières immeubles jouer se faire peur être vivant musique ordinateur écrire projets douter t’aimer encore plus charger jeter poires croquer des manuscrits peintures voûtes étoiles pauvreté bousculer idées gaz allumettes fenêtres se pencher tracas plumes montparnasse gares accidents cimetières santé nouvelle année changements renaissance jours et cendres papiers simplicité surréalisme se promener métro ruelles se tendre toucher cracher moments de lucidité grouillements insectes robots toubibs médicaments nuits et fièvres et chanter douches savons téléphone télé tout le monde solitudes peser fruits rayons camions trafics échanges démerde serrer des mains baisers souffrir mentir manger compter traces boisson danger surprendre encore orgasmes or tous les deux tous ensemble optimisme déprimes argent tunes chocolat routines bistrots ardoises boire un café se recoiffer se maquiller pancartes manifs se cacher s’excuser seins sens se frayer un chemin paraître frime bagnoles vérités portables pompes sorties de secours cons vieux bourgeois ghettos popu parler france métissée politiques existences authentiques résister publier ne plus s’endormir théâtres artistes prendre son pied rencontres rires proses rap rock passants passer pluies polluer nocturnes pensées dérives la rue pauvreté tours tronches cannes les ponts découpent la seine et ma mémoire peur envies pulsions week-end tgv revenir à paris banlieues rer b  parier sur l’humanité siècles ciels et couvercles poésie instantanée trancher côtes couilles épiceries sacs plastique merdes bus carreaux brisés gosses récré cris foot légèreté crises sociales sueur pressé crevé mamans évasion romans jupes collants femmes fendre taxis radios jeunes et attendre se poser bon sens fin début de siècle attentes journées sombres ouvrir des portes ne pas prier peindre des songes créer encore et jouir encore observer le monde et un beau jour le changer,
Ma non-réalité ne regarde que vous,
S’installer à paris.
 
 

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Vendredi 28 décembre 2007


  Une nuit, dans son appartement situé en plein centre de la cité déréglée, Nyx s'endormit plus tôt que d'habitude, et son sourire (drapé d'un morceau de peinture séchée) s'alluma comme une époque révolue ; cette fois, Jan n'avait pas souhaité faire l'amour à la reine, parce qu'il s'efforçait d'écrire, dans un parc surchauffé, deux trois poèmes organiques (qui, pensait-il, une fois terminés scinderaient l'espace-viscère en deux) Nyx venait d'achever une toile, et elle décida, avant de sombrer dans un sommeil réparateur, de se toucher mollement le clitoris, plus tard un orgasme crevé comme un ballon de foot ouvrit les volets et s'écrasa sur un toit recouvert de chats.
    Le tableau : un souffle frais, une âme qui dort, une reine pour certains, une femme qui en avait vu de toutes les couleurs, une fille qui couchait avec son père qu'elle avait tué, ce père, le Chasseur, hantait toujours ses rêves, elle n'en pouvait plus, se prenait des cuites terribles pour ne plus rêver, mais ce père-souffle franchissait quand même les vapeurs, s'approchait du corps moite de sa fille, et léchait un nombril, un anus ou bien un sein, puis s'en allait, la bave aux lèvres, se tailladait le ventre et hurlait Nyx Nyx tu m'as tué pourquoi pourquoi Nyx Nyx !
    Mais, plus loin, à quelques mètres, deux hommes s'approchaient, deux agents du système mondial de la real life n'avaient qu'une seule idée en tête : pénétrer dans la chambre de la reine ! Oui, deux flics anti-libertaire, envoyés par l'axe du bien et qui avaient un fort accent occidental-évangélique, se faufilaient entre les toits, entre les arbres penchés, entre les réverbères, ils entrèrent par la fenêtre, et se couchèrent près de Nyx, le premier, brun, commença à embrasser le cou et les seins de la belle, pendant que le deuxième agent se déshabillait, mais Nyx ouvrit les yeux, elle n'eut pas le temps de crier, ils la baîllonnèrent rapide, le premier agent qui murmurait des prières enfonça trois doigts dans le cul de la reine, puis le deuxième se moucha en limant les orifices compartimentés, sussurant à son adjudant qu'il était temps de débarquer en Normandie ou de pulvériser l'Afrique, la Palestine et puis l'Iran, sauver les anges carbonisés du Chili, s'éteindre au fond des crépuscules et marcher fièrement sur les ponts qui mènent à l'impérialisme, ils chantaient en choeur des comptines destructrices et torchaient la pauvre évanouie en lui mordant les grandes lèvres, et hurlaient qu'il fallait investir à tous prix dans les putes de l'Est et le cinéma coréen.
Le monde tournait bel et bien, les anges se criaient dessus en votant des lois racistes, parce que les unités-gens se connectaient sur une toile souillée, et les hommes, blasés, pensaient à leurs paies et à leurs femmes décapitées. Les yeux de Nyx traversaient leurs fronts en sueur et les pupilles étouffées (par les mots et les coups) suintaient une haine incommensurable, les hommes la pénétraient et le foutre enjoué se déversait sur les cuisses de la belle et sur ses cheveux collés, puis le chef décida (malgré lui, poussé par un Christ qui fut crucifié comme un violeur) de dégainer un hachoir énorme (qui servit, jadis, à découper de jeunes resistants libertaires et espagnols)
    Là, les oiseaux de nuit se déplumèrent – une seconde – la Terre a bien failli s'arrêter de tourner, l'agent intransigeant s'acharna, éclata la reine, un, deux, trois coups, le crâne d'ange Nixéen découpé comme un vulgaire jambon, puis il l'écorcha, et la peau Nixéenne se tendit comme une tente de vacancier au-dessus de leurs rires dégueulasses,
    la reine crevée, ils sortirent de l'appart en pétant, et le monde (qui dormait) se réveilla sous un soleil de plomb, un de ceux qui pouvaient faire vaciller...

 


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Samedi 15 décembre 2007

 

 

Le mal est fait car tu es né et puis arrêtons un peu de songer à la mort comme ça on ressemble à des corbeaux merde et puis nous sommes encore jeunes c'est vrai quoi il faut continuer à créer c'est tout et observer le monde en le modifiant subtilement de temps en temps comme ça tu vois ce que j'veux dire par petites touches hop tiens là bien vu et puis nous aurons toute la vie pour le révolutionner il faut savoir être patient mon chéri.

          Le fuyard : J'aimerais quitter la France.

          La tueuse : La France métropolitaine comprend 96 départements, chaque département a à sa tête un président du conseil général (dont les membres sont élus au suffrage universel lors des élections cantonales); un préfet y représente l'État. Les départements métropolitains sont regroupés dans 22 Régions, que dirige un président du conseil régional (dont les membres sont élus au suffrage universel) ; un préfet de Région y représente l'État. La Constitution de la V ème République (4 oct. 1958) donne le rôle principal au président de la République, élu pour cinq ans au suffrage universel. Il possède des pouvoirs très étendus, mais le chef du gouvernement est le Premier ministre, qu'il nomme. Le pouvoir législatif est exercé par le Parlement, composé de l'Assemblée national (élue pour cinq ans au suffrage universel) et du Sénat (élu pour neuf ans et renouvelable tous les trois ans par tiers au suffrage indirect), alors qu'est-ce que tu penses de ça ?

          Le fuyard : Je pense que cette administration me donne mal au ventre alors vraiment je crois qu'il faut s'enfuir en courant et puis ce pays est immobile, les Français ne sont plus des révolutionnaires, ils subissent le système en silence et c'est tout et j'ai raison alors partons.

          La tueuse : Quel enfant je vous jure mais regarde-toi pauvre rebelle en carton je te vomis espèce de pédé non mais tu t'es vu tu ne mérites pas quelqu'un comme moi je suis belle et folle moi j'ai besoin d'un homme riche qui me couvre de bijoux et puis c'est tout alors dégage.

          Le fuyard : Petite pute je ne te supporte pas c'est toi que je devrais fuir tu n'es rien à mes yeux pauvre mollusque avarié.

          La tueuse : Les montagnes sont belles et ma chatte est une planète rouge.

          Le fuyard : La vie est une autoroute déserte alors j'essaie de me cacher derrière ces mots beaucoup trop sombres.

          La tueuse : Oui et oui vas-y fais-moi jouir et je te dirai qui tu es vraiment.

          Le fuyard : Je n'ai pas besoin de le savoir j'attendrai la mort parce que je suis né.

          La tueuse : Tu es vivant et tous ces gens là-bas sont morts eux et ils ne se plaignent même pas sois humble et ferme-la.

          Le fuyard : Je fugue.

          La tueuse : Je fugue aussi.

Nous sommes des marginaux et sur cette page de vie mon feutre trace des lignes infernales c'est l'enfer qui nous attend je me masse le crâne et mes jambes me portent moi le fardeau je ne peux plus m'endormir restons dans cet arbre nous assisterons au coucher du soleil et ce sera beau je te le jure sur notre vie.

 
 
 
 
 

 

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Mardi 4 décembre 2007

1

 

« Traverse l’espace-viscère, mon garçon ! »

me crie cette vieille femme, on dirait une sorcière

le temps tragique, les mondes emmêlés, un bruit de sincérité

toutes ces choses me poussent à créer

toiles trempées, singes, contradictions maladives

alors je prends le temps de mourir doucement près d’un lac volcanique

qui vient tout juste

de se vider de son sang

les hommes m’ont trahi

 

Le rire de cette fille-ville

n’oublie pas de te pendre au-dessus du périphérique

comme un fugueur optimiste

sortir du quotidien

trains en partance vers quelques femmes fantasmées

les fins de vie se lamentent et mon crâne est froid

sûr que je jouis dans une capsule spatiale

un compartiment vert

je ne sais pas où je m’en vais

 

Tracer toujours et brûler des souvenirs

truquer les parties et partir et partir vite fait

il est préférable de simuler l’agonie

on me conseille de me taire mais le chemin

que ce monde emprunte ne me convient plus

or bien entendu je me suis juré de vous prendre en otages

puisque vous serez témoins

des techniques de tortures merveilleuses que ce film bourvenien

essaie de promouvoir – tout ce sang semble vous ravir !

 

D’abord m’essuyer le sexe

puis me tordre de douleur

couver des poussins criblés de lames de rasoir

m’arracher les yeux et vous les offrir

avant de m’enfuir en courant

drôles de tronches braves collaborateurs

le monde est un vaste supermarché

les bonnes femmes font leur course

et les enfants farfouillent dans la déchetterie

 

Et les singes savants sont crades

les écoles poisseuses seront brûlées

par des gosses affamés

putes de vies séniles plus loin je te dédie

un poing fermé et ce drapeau noir

absorbent les multinationales

rien n’est écrit tout est à prendre gratuit

tout est formé par le grand désordre salvateur

parce que le monde est un arrosoir

 

Prête-moi des tunes pour que je parte

vers les montagnes électriques

où l’orage est un pervers

qui se marre et nous provoque

je camperai près de l’arbre des suicides

je boirai tous les alcools du massif

j’écouterai le chant des cadavres bizarres

je m’endormirai sous une pile de livres

parce que les écrivains sont « borderline »

 

2

 

Bastons et injures

les Français se divisent

l’argent roi, le profit

contre l’humain

moi je ne peux plus discuter

avec cette droite inculte et arrogante

nous écoutons sans broncher ces discours

écoeurants et nous rêvons de douceur

et d’insurrection !

 

Mon style te terrasse, n’est-ce pas ?

et le bonheur que je côtoie parfois

te renverse te rend un peu plus pute

et l’hiver est triste les toits supportent des chats

le ciel se noie et mes poumons vomissent

de petites tables de la Loi

humeurs détestables cosmiques et comiques

je m’esclaffe devant ces cadavres

sur la route je tends mon pouce

 

Les hommes se braquent protègent leurs intérêts

mais des immeubles brûlent au fond de leurs yeux

tire-toi bourgeois ne me parle pas

profite respire avant de te mettre

dans de beaux draps

les enseignes vulgaires de l’Empire clignotent

alors je traîne en ruminant

derrière ce mur de crânes se trouve un champ

où l’on peut faire des siestes et de la poésie

 

Muqueuses transitoires

aux rythmes d’accents rouges

je m’évade comme un taulard

ma belle fugue

« Penses-tu aux femmes enceintes ? »

me demande un poisson noir

je songe plutôt à mes parents

qui se saignèrent pour nous élever

je songe aux hommes fatigués

 

Enfermé dans ma piaule noire

je me surprends encore à écrire

en attendant que l’on m’appelle

pour une mission d’intérim

alors c’est ça je vais me vendre

alors bordel qu’est-ce qui nous arrive

achetez mes mots laissez-moi vivre

et m’évader

le film se termine

 

Le chemin de nos corps écrasés

et les solides pensées qui me construisent

je me souviens d’un avenir qui se dressait

comme un arbre électronique

tu te lèves et le monstre glacial 

du système te claque la tronche

la saveur du pleurnichard

quel bonheur d’être vivant

je crache encore dans vos rivières

 

3

 

Le symbole du temps qui passe

j’essaie de ne pas m’en préoccuper

mais les organes vitaux sont suspendus

au-dessus des fleuves agités

et puis je vois les cheveux de l’arbre

qui dansent et chatouillent les vieillards

les enfants font des bonds

dans les parcs les amoureux s’épinglent

ce sont des morts qui reviennent

 

Dans cette rue les journaux s’envolent

des nouvelles fraîches se collent à nos pompes

une bagnole s’arrête et la vitre se baisse

et la conductrice aveugle m’insulte

je me presse le soleil se couche

arriver à l’heure pour le dîner

servi par des démons moralisateurs

qui se couchaient dans le correct

alors j’écris pour les faire disparaître

 

Les cloisons de mon studio se mettent à onduler

mon corps d’effroi se recroqueville mes mains vieillissent

le ventre se tord mes lèvres embrassent

mes bras si doux près du chauffage

le rire des yeux qui se caressent

le miroir j’y plonge comme un forcené

tu te trémousses mon joli double

laisse-moi te faire jouir

si tu parles de ça à quelqu’un je te tue

 

Et mon réveil se prend pour qui

pour cette putain de ville certainement

pourtant je m’efforce de te prouver

que la poésie est une nouvelle cité

qui sera bâtie par des libertaires calcaires

le casse-honneur vous rendra fous

les messages que j’adresse

armures pays le sol est tout mou

croque-moi les âmes

 

Lévitation et genre littéraire

les femmes dansent autour de mon art

cracher les mots brûlants dans des bars

suinter l’alcool dans les pentes

remonter le fleuve en braillant des pluies

ça broie du noir ça empeste la vodka

c’est musclé comme un attentat

ça signifie que tu vas caner

tu joues au con alors surprends-nous

 

Les anges calcinés sont jeunes

ils copulent sur les pavés

le chaos c’est beau j’en suis friand

l’anarchie c’est possible si tu peux orienter

tes rêves de chute libre et de liberté

vers les baraques que l’on rénove

la lumière du jour provoque un vertige

un petit bout de cataclysme

j’aurais pu jouir d’une vie convulsive

 

 

 

4

 

Encore plus seul dans ce couloir-araignée